Paix Liturgique revient sur la gestion calamiteuse – calquée sur 1988 – des sacres de la FSSPX par Rome, qui semble aggraver les divisions au sein de l’Eglise plutôt que de tenter de les surmonter. D’autant que le cardinal Fernandez est loin d’être le futur Benoît XVI et d’en avoir les compétences…
Le pape Léon XIV avait annoncé la pacification de l’Église, et voilà qu’a éclaté l’annonce des consécrations épiscopales de la FSSPX. Comment gérer cette affaire ? Rome a cru trouver la recette géniale : se référer à la « jurisprudence 1988 ».
Le cardinal Ratzinger, Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi avait été chargé de l’affaire et dialogua avec Mgr Lefebvre ; son successeur, le cardinal Fernandez, reçoit l’abbé Davide Pagliarani.
Les négociations de 1988 ayant tourné court, Jean-Paul II, le 9 juin 1988, exhortait Mgr Lefebvre « à renoncer à [son] projet qui, s’il est réalisé, ne pourra apparaître que comme un acte schismatique » ; la « négociation » Fernandez-Pagliarani durant une petite heure n’ayant rien donné, le cardinal Fernandez fait savoir à qui veut l’entendre que le décret d’excommunication est prêt et il déclare que « ce geste [les sacres annoncés] constitue un acte schismatique. »
Le cardinal Ratzinger promettait à tous les prêtres et séminaristes de la FSSPX qui ne voudraient pas suivre Mgr Lefebvre après la consécration autonome de quatre évêques qu’il organiserait une structure pour les recevoir ; le cardinal Fernandez laisse entendre aux quelques prêtres de la FSSPX qui ont manifesté des inquiétudes qu’il ferait en sorte de recaser dans des diocèses ou des instituts.
Malgré les ambiguïtés de la démarche Ratzinger, elle prenait le risque d’installer la liturgie traditionnelle au cœur de l’Église, ce qui a permis à cette liturgie de pratiquement doubler la mise : aux évêques, prêtres, séminaristes, centres de messes, écoles de la FSSPX, se sont ajoutés ceux des instituts Ecclesia Dei et même ceux à l’intérieur des diocèses, sans compter les cardinaux et évêques – le cardinal Ratzinger en premier – qui ont célébré, ordonné, confirmé en rite ancien. La démarche Fernandez est nettement plus chiche et empruntée.
C’est que les éléments du contexte sont totalement différents. Tout en restant très conciliaire (par exemple, la journée d’Assise), le pontificat de Jean-Paul II faisait des efforts de « bonne interprétation » du Concile (par exemple, la déclaration Dominus Jesus, qui, en 2000, tentera d’encadre le dialogue interreligieux, tout en donnant il est vrai tous les gages requis à l’œcuménisme). On est au contraire aujourd’hui dans une phase ultra-conciliaire du post-Concile.
Joseph Ratzinger avait beaucoup d’empathie pour l’ancien Ordo et pour ceux qui lui étaient attachés et il comptait de nombreux amis parmi leurs communautés, leurs prêtres, leurs fidèles. Ce monde est étranger au pape Prevost et a fortiori au cardinal Fernandez, le premier faisant certes des efforts mais pour « s’informer » sur un phénomène qu’il sait en croissance, dont le caractère « brûlant » l’effraie, et qui lui reste extérieur.
Les actes divers de Joseph Ratzinger puis Benoît XVI (documents de 1984, 1988, 2007) ont fait passer l’ensemble de la liturgie traditionnelle de la tolérance au droit. On a au contraire régressé, depuis Traditionis custodes, à la tolérance la moins généreuse possible : messe concédée, permissions données au compte-goutte aux prêtres diocésains, sacrements traditionnels théoriquement interdits.
Il est donc évident que rien, absolument rien, n’est fait pour que la FSSPX soit entendue, et pour tenter de préparer, fusse de loin, l’élaboration d’une solution canonique acceptable. Et en outre, tout, absolument tout, pousse les traditionnels « officiels », prêtres et fidèles, que l’on continue de vouloir réduire, encadrer, marginaliser, à regarder avec sympathies leurs frères Saint-Pie-X, et à établir avec eux la plus grande porosité. Quelle formidable occasion de pacification est-on en train de manquer !
Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ! Pas de liberté conciliaire pour les critiques de Vatican II ! C’est l’éternel paradoxe : à l’heure où il n’est question que d’œcuménisme avec des « frères séparés », que l’on ne qualifierait jamais au grand jamais de « schismatiques », et pour lesquels on a inventé cette jolie formule de politesse de la « communion imparfaite », la Rome d’aujourd’hui fulmine contre ceux parmi ses enfants qui ont le tort de croire et de faire comme ont cru et fait leurs pères, des vieilles sanctions qu’elle avait reléguées dans la poussière des musées.

La FSSPX est pleinement catholique. De toute évidence, les schismatiques ce sont les modernistes comme le cardinal Fernandez, les évêques allemands, ceux qui se font bénir par une femme déguisée en évêque, James Martin et tous ceux qui veulent « ajourner » le magistère, les dogmes, le rite liturgique, le canon de la Messe, bref la sainte Doctrine.