Les soubresauts autour du scandale d’abus dans le périscolaire parisien – avec 16 gardes à vue sur les 19 personnes chargées d’organiser l’accueil du périscolaire de Saint-Dominique à Paris cette semaine, commence à connaître des conséquences politiques. L’opposition (de droite) s’est emparée du sujet et demande à la mairie socialiste de faire le ménage, comme l’Eglise l’a fait (ou l’a du moins entamé) avec la CIASE.
La conseillère municipale d’opposition Inés de Raguenel – compagne à la ville de l’ex-rédac chef de Valeurs Actuelles et actuel rédac-chef de JD News Louis de Raguenel, a posé la question qui fâche en plein conseil de Paris : » pourquoi exigez-vous de l’Église catholique une commission indépendante sur les abus sexuels, et refusez-vous la même transparence à la Ville de Paris face au scandale du périscolaire ? »
L’ampleur du scandale du périscolaire parisien a de quoi donner le tournis :
- l’enquête porte sur 84 maternelles, 20 écoles élementaires et une dizaine de crèches
- un collectif, SOS Périscolaires, porte la parole des victimes – il a recensé à Paris 43 cas de violences sexuelles et 45 physiques sur des enfants
- De début janvier au 3 avril 2026, 78 agents de la ville ont été suspendus dans les écoles parisiennes, dont 31 pour des suspicions de violences sexuelles, des chiffres traduisant un caractère « systémique », selon le nouveau maire socialiste de Paris Emmanuel Grégoire
- un plan d’action de 20 millions d’euros pour le périscolaire a été engagé par la ville
- celle-ci prévoit une simplification de la chaîne de signalement avec une cellule d’écoute dédiée et promet une « transparence totale » aux familles ainsi qu’une professionnalisation d’une filière précarisée – la grande majorité des 14.000 animateurs parisiens sont vacataires
16 écoles (au moins) où des abus ont eu lieu, dont 7 dans le 11e arrondissement
- Maternelle Paul Dubois (3e arrondissement) : 15 plaintes de parents de victimes contre un animateur, un collectif porte la parole des victimes
- Maternelle Saint-Dominique (7e arrondissement) : 12 animateurs suspendus fin février 2026 dont 7 pour violences sexuelles, en mai 16 gardes à vue sur les 19 personnes assurant le périscolaire de l’établissement
- Maternelle Rochechouart (9e arrondissement) : deux plaintes contre des animateurs pour violences sexuelles
- école Acqueduc (10e arrondissement) : 1 animateur interpellé pour agression sexuelle sur un enfant en juillet 2025 et un professeur mis en cause pour abus sur 6 mineurs
- école Scharwtzenberg (10e arrondissement) : suspension d’un animateur en 2026 pour des violences sexuelles survenues en 2024
- Ecole Belzunce (10e arrondissement) : un animateur placé en garde à vue pour des violences sexuelles sur une fillette, la plainte des parents classée sans suite
- Ecole Voltaire (11e arrondissement) : un animateur suspendu suite à un viol sur un enfant de trois ans
- école Baudin (11e arrondissement) : un animateur visé par 7 plaintes pour violences sexuelles sur mineurs
- école maternelle Bullourde (11e arrondissement) : trois animateurs suspendus pour viol aggravé, exhibition et violences sexuelles, l’un d’eux mis en examen
- Maternelle Parmentier (11e arrondissement) : 1 animateur suspendu, visé par deux plaintes pour abus sur mineurs
- Maternelle Faidherbe (11e arrondissement) : un animateur suspendu pour abus, une autre pour violences physiques sur des enfants
- école Servan (11e arrondissement) : un animateur écroué après des accusations d’abus sur trois enfants
- école Titon (11e arrondissement) : un animateur doit être jugé pour des agressions sexuelles sur trois enfants
- maternelle Reuilly (12e arrondissement) : un animateur soupçonné d’agressions sexuelles en 2023 n’est muté qu’en 2025 et il faut deux ans pour qu’un signalement soit transmis au Parquet
- école Boulard (14e arrondissement) : trois animateurs suspendus suite à des violences sexuelles sur mineurs
- école Volontaires (15e arrondissement) : un animateur faisant déjà l’objet de signalements à la maternelle Saint-Dominique y est muté, et recommence – il est suspendu après trois signalements d’abus sur mineurs
- école Vigée Lebrun (15e arrondissement) : neuf écoliers agressés sexuellement par un animateur
- maternelle Emeriau (15e arrondissement) : le bibliothécaire suspendu en 2023 suite à une agression sur mineur, l’enquête interne achevée en juin 2024 n’est pas publiée par la mairie avant janvier 2026 lorsque Cash Investigation la demande, 6 plaintes dans ce seul dossier
Néanmoins le nombre d’écoles visées par l’enquête de justice (une centaine) laisse craindre qu’il y a bien d’autres affaires d’abus, et combien ont pu être passées sous silence par les services en charge du périscolaire ?
Par ailleurs d’autres dossiers périphériques apparaissent :
- des centaines de photos pédopornographiques ont été retrouvés par ses proches sur l’ordinateur d’un animateur de l’école primaire de Reuilly aujourd’hui décédé, par ailleurs musicien reggae assez connu
- deux enfants d’une école du XXe arrondissement ont été victimes du compagnon d’une institutrice
Il est bien probable que la mairie de Paris ne pourra faire l’économie d’une révision drastique de ses modalités de recrutement d’animateurs, voire de vérifier tous leurs casiers, mais aussi de la mise en place d’une commission véritablement indépendante – y compris des intérêts politiques ou corporatistes – pour investiguer la problématique des abus et analyser les causes de la catastrophe.
N’en déplaise à Pascal Praud, l’Eglise est loin d’avoir fait son ménage
Si l’affaire du périscolaire parisien est partie pour devenir le principal scandale d’abus sur mineurs en France, devant Bétharram probablement, certains chroniqueurs conservateurs s’emballent un peu vite, quand ils mettent en opposition la mairie parisienne et l’Eglise, et la font passer pour un parangon de vertu.
Ainsi de Pascal Praud qui a estimé sur Europe 1″depuis la révélation des premières affaires, il y a 15-20 ans, ceux qui sont en contact avec les enfants sont l’Église, le sport et l’Éducation nationale. L’Église a fait son ménage en premier, et elle l’a fait seule« .
Si l’Eglise a entamé de lever le voile sur les abus avec la CIASE en 2019, de nombreux diocèses et congrégations refusent mordicus d’assurer la transparence sur l’ensemble des abus qui leur sont connus, à contrario des recommandations de la CIASE, et ne le font généralement qu’au coup par coup, quand une victime se manifeste, un collectif se manifeste ou les médias locaux les sollicitent.
Comme l’estimait dans nos colonnes le Collectif des Victimes de Saint-Stanislas, « A ce jour, seule une demi-douzaine de diocèses français n’affirment plus que les abus, c’est une personne, ou une école, mais ont entrouvert leurs archives, comme le diocèse de Nantes, après des mois de combat, et/ou commencé à reconnaître qu’il y a eu des problèmes dans un certain nombre d’établissements. Ces diocèses sont Nantes, Quimper, Bayonne, Dax, Tarbes, Beauvais et Reims-Ardennes, et ce n’est pas tellement du fait de leur volonté, mais du combat constant des collectifs de victimes« .
L’Eglise est effectivement plus en avance que la mairie de Paris pour faire son ménage, mais elle ne le fait pas seule – dans bien des diocèses, médias, collectifs et victimes aiguillonnent l’institution, qui donne l’impression de freiner des quatre fers et préférer les gestes mémoriels (messes le 3e vendredi de Carême, plaques, pièces de théâtre, conférences parfois) plutôt que de répondre aux victimes et faire la transparence.

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