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Abus sexuels

Nantes : une plaque en mémoire des victimes de Saint-Stanislas

Par Nominoe — 29 juin 2026

Le 27 juin dernier à partir de 16h30 en présence de victimes, d’anciens élèves, de membres du collectif des témoins et victimes de Saint-Stanislas, de professeurs de l’établissement, du directeur Thierry Bougères, du directeur de l’enseignement catholique M. Delemazure, de l’évêque Mgr Percerou – qui a longuement pris la parole et fait en partie amende honorable de sa tentative de réécriture de l’histoire dans le Point et KTO mi-juin, de Jérôme Guillement présent pour le SGEC – où il coordonne le groupe de personnes victimes de l’enseignement catholique dont fait partie un ancien élève de Saint-Stanislas, de la presse locale, ainsi que d’un représentant de l’INIRR, de représentants des collectivités et de l’ex-députe Claude Evin, a eu lieu l’inauguration d’une plaque en mémoire des anciens élèves victimes d’abus entre l’après-guerre et la fin des années 2000 à Saint-Stanislas.

Ladite plaque se trouve sous l’escalier d’honneur, au centre névralgique de l’établissement, par ailleurs en pleins travaux d’agrandissement.

Mgr Percerou a contredit ses propos du Point, où il avait affirmé avoir découvert l’affaire en 2025 – alors qu’il a écrit à certaines victimes dès 2022 et que le diocèse a eu des signalements dès 2019, encore avant la CIASE : «  »je suis arrivé en 2020, et face à ces rumeurs qui circulaient sur Saint-Stanislas, je n’ai peut-être pas réagi de manière proactive lorsque j’ai reçu les premières victimes. Ce suicide, il nous habite encore, aussi parce que nous avons rencontré la famille. Mais dès 2025, nous avons pris la mesure et nous avons lancé cet appel à témoignages, tout en mettant certains dispositifs en place, y compris une cellule d’écoute. Notre but aujourd’hui, c’est que ça n’arrive plus, et qu’on soit réactif. » Votre douleur, durant longtemps, a été ignorée, silencieuse ou passée sous silence. Il y a eu le manque d’écoute, les manques de réactivité, la volonté même parfois de dissimuler ces agressions pour préserver l’institution. Tout cela a contribué à maintenir vives des blessures qui, de fait, ne seront jamais effacées. »

A cette occasion, voilà le discours qui a été lu par un ancien élève, cofondateur du collectif des témoins et victimes de Saint Stanislas :

Cher(e)s camarades,

Le ciel de Nantes est aujourd’hui à l’orage, ce n’est pas Pâques pourtant mais voyons-y un signe, celui du juste courroux et de la révélation, dies irae.

Nous sommesici rassemblé(e)s en ce samedi estival de fin d’année scolaire …témoins visibles, incarné(e)s et pourtant…nous sommes plus nombreux, nombreuses encore à cet instant, portant avec nous,les ombres de nos camarades qui ne sont plus :

Empêchés de vivre, ils se sont absentés …ils veillent désormais en bons génies sur cette cérémonie dont ils attendent à nos côtés, du haut de l’escalier d’honneur, dans les recoins sombres desbâtiments,là-haut dans l’ancien internat, derrière ces marronniers…le respect impératif de nos paroles et une volonté réelle de réforme de l’institution qui nous a trahie au prétexte de Dieu…

Nos parcours de souffrance se gravent aujourd’hui dans le marbre dur et froid de cette stèle, ici au cœur de Nantes, dans un établissement de renom, Saint- Stanislas ou l’ambition affichée d’un enseignement d’excellence conforme au message évangélique,fut entachée de pratiques visqueuses et pedocriminelles.

Ici, on ne cognait pas comme chez les gosses de Betharram ou ceux des Angreviers,on tripotait poisseusement les petits, les adolescents, en les violant parfois.

Longtemps, on nous aura traités de fous, d’affabulateurs, les auteurs étaient décrétés tous décédés, alors …peut être,étions-nous seuls responsables de nos saisons en enfer ?

On nous fit croire, parfois jusqu’à trèsrécemment… que nous étions des « murmures «, seuls à révéler le massacre des innocents qui s’est déroulé en ces lieux, des années 1950 aux années 2000.

Et pourtant demeurés seuls et sans soutien de l’Eglise,ces vieux gosses perdus se sont reconnus au fil de leurs témoignages épars auprèsde la cellule d’écoute diocésaine, de la Ciase, del’Inirr, de leurs recherches solitaires en archives, sur internet, puis solidaires en fondant notre collectif « Saint- Stanislas, victimes de l’institution » fin septembre 2025.

Une seconde naissance au monde pour certains et l’affirmation d’un objectif commun, suprême : combler le plancher vermoulu de nos mémoires traumatiques en nommant le mal, ses auxiliaires, leur infliger, quand encore vivants, la justice des hommes, flétrir la mémoire des auteurs décédés et œuvrer pour que jamais plus l’enfance ne soit corrompue au sein de l’enseignement catholique.

Nos paroles, pour révéler ce qui se passait derrière le portail rouge écarlate de St Stan,auront rapidement débordées ces murs aboutissant à la révélation d’autres scandales sexuels, à l’échelle du diocèse.

Aujourd’hui notre résistance au déni, notre détermination à faire œuvre de vérité,paient… récompense de nos seuls efforts et d’une écouteperfectible de l’Eglise.

Jem’exprime au pied de cet escalier et du banc de nos confidences d’autrefois, au nom des vivants et des absents, de toutes celles et ceux dont la voix a été étouffée, oubliée ou ignorée entre ces hauts murs.

Nous sommes ici pour nous souvenir, transmettre, reconnaître les violences subies et les responsabilités engagéesà l’école primaire, au collège et au lycée St Stanislas de Nantes. Pour certains, il s’agissait d’un lieu d’apprentissage, d’épanouissement ; pour d’autres, il fut le théâtre de souffrances indicibles, de blessures profondes qui laissent des cicatrices à jamais inscrites dans nos chairs et nos mémoires.

Cette stèle, symbole de reconnaissance, rappelle que derrière chaque nom, chaque visage, il y a une histoire, une vie entravée, hantée, fauchée ou brisée trop tôt. Elle est aussi le témoignage de notre combat et de notre solidarité. Elle crie avec force que nous ne sommes plus seul(e)s, que notre douleur mérite d’être entendue et notre dignité, restaurée.

Le présent perpétuel de la souffrance, le temps figé des agressions ne s’effacent jamais, comme une rivière dont l’eau ne s’écoule pas, l’O.M. Se nomme cliniquement ce mal insidieux : le psychotraumatisme.

Mémoire traumatique des lieux, des odeurs,des voix, de la météo… on voudrait échapper mais le corps lui,n’oublie rien …

Les scènes de crime étaient variées :

Dans la chapelle,souvent… le christ en croix aura dû détourner le regard par honte et colère contre ce qui, en ce lieu, se déroulait sous couvert de son nom,un blasphème des vertus théologales : spes, fides, caritas, qui ornaient pourtant le seuil de ce lieu consacré.

Au dortoir, les cris étouffés sous les draps rugueux, les prétextes au massacre desgosses au moyen des « frottements »d un abbé responsable de clubs, prétextes idoines pour agresser : hygiène, astronomie, archéologie… les petits « grogs » chauds contrastant avec le dortoir glacial, annonciateurs d’agressions dans la chambrée du prêtre enseignant , les retraites des confirmants comme adjuvants sacrilèges aux agressions et baisers forcés d’un aumônier , un  bureau de directeur encore, dont la hauteur du plateau était calculée  pour profaner l’enfance, la cour d’en bas chez les petits , où en haut de l’escalier,  le « catéchisme » se prolongeait…sans témoins .

À vous, camarades de chaîne et d’espérance, je dis que votre souffrance est légitime,que vos vies ont été durablement entravées,que votre courage inspire respect et admiration. Vous n’êtes pas responsables des crimes que vous avez subis. Vous avez le droit d’exister, d’être crus, d’être soutenus et accompagnés.

À celles et ceux qui ici nous entourent, diocèse,familles, proches, enseignants, élèves : ne détournez pas le regard.

La honte change aujourd’hui de camp, il est bien temps …notre devoir à toutes et à tous est de nommer les faits, de dénoncer le silence, de protéger les plus petits et de construire ensemble un lieu sûr pour les générations futures,

Nous avons fait notre part, à l’Eglise et à la société de nous démontrer sa volonté de nous écouter et d’agir, enfin…

Ce combat est le nôtre, il est aussi tout simplement celui de l’humanité. Il est celui de la vérité, de la justice, de la réparation. Il commence par la mémoire, par le refus de l’oubli et par la transmission d’un message d’espoir à celles et ceux qui, encore aujourd’hui, souffrent dans le silence.

Que cette stèle soit le signe d’un engagement collectif à ne plus tolérer l’intolérable, à soutenir chaque victime sur le chemin de la reconstruction, et à bâtir une école, une société, où la dignité et la sécurité de chacun(e) sont des droits inaliénables.

À vous, victimes connues et inconnues, vifs ou transis, ce moment, ce lieu, vous appartiennent.

Notre nom est légion, celle des enfants perdus, celle de l’armée du bien.

Nous avons la force des« survivants »combattant l’inhumanité.

Nous récusons le terme de » victimes«, auquel l’Eglise par ce vocable pervers, souhaite nous assignercomme personnes« vulnérables » et par suite, co- responsables par prédisposition,de ce qu on leur fît subir.

Nous n’avons pas la vocation d’agneaux sacrifiés voués aux turpitudes de leurs bourreaux,condamnés à la solitude et à leur prétendue fragilité.

Nous dénonçons à l’imitation de Jésus, bourreaux, pharisiens et marchands du temple : qu’ils soient chassés à jamais de la maison du père et qu’ils soient, pour avoir corrompu l’innocence, précipités à la mer, lestés d’une meule autour du cou.

Nous veillerons à ce que cette stèle que notre collectif aura imposée, ne soit pas subrepticement dévissée et c est à ce titre que nous avons souhaité la présence de témoins médiatiques, pour conserver traces et preuves de cette commémoration.

Nous n’attendons rien d’autre de l’Eglise que repentance et engagement sincère à respecter dans les faits et non envaines paroles,l’espérance qu’elle est censée porter et incarner.

Beaucoup auront ici perdu la foi après cette trahison de l’espérance, d’autres l’auront conservée, mais affûtée comme un glaive de justice et de vérité.

Entendez que nous ne nous disperserons pas comme des feuilles emportées par la pluie,nous témoignerons inlassablement pour que les générations nouvelles soient enfin protégées ici et partout où l’enfance est profanée.

Toujours vivant(e)s et en lutte avec la société qui se lève enfin pour une protection effective de l enfance !

Collectif « Saint-Stanislas, victimes de l’institution ».

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